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Gestion des déchets au sein des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) : quelques pistes de solutions

Publié par Daniel NKUE le

Les problématiques de gestion des déchets dans les collectivités territoriales décentralisées de l’Afrique subsaharienne se posent avec acuité. Une mauvaise gestion des ordures est source de nuisances. On dénombre plusieurs formes de nuisance, parmi lesquelles :

  • Les nuisances olfactives,
  • La prolifération des mouches et moustiques ;
  • Les risques de maladies hydriques pour les hommes.

Bien plus l’impact se fait ressentir par :

  • La pollution de l’écologie fluviale ;
  • Fragilisation des structures physico-chimique des versants et rebords des cours d’eau ;
  • L’occurrence des catastrophes comme les inondations et les éboulements de terrain.

Au Cameroun la gestion des déchets est caractérisée par une négligence dans le traitement des déchets. Les formes les plus répandues sont :

  • Les déversements d’ordures dans les caniveaux et cours d’eau ;
  • Le brulis des ordures ménagères en plein air par les populations riveraines.

Cet article traitera de trois types de déchets caractérisés selon leurs sources de production. Nous traiterons donc des déchets ménagers, industriels et hospitaliers.

Les déchets ménagers dans les municipalités : Cas de Bafoussam

Le système de collecte des déchets dans nos municipalités n’est pas efficace ou inexistant. Pour le cas spécifique de la ville de Bafoussam, la Communauté Urbaine de Bafoussam (CUB) est en contrat avec la société HYSACAM. Elle est chargée de la collecte et le traitement des déchets, exclusivement ménagers. Ce contrat auquel on attribuait de fort espoir, ne porte guère les fruits escomptés. Après plus de dix ans, HYSACAM peine à mettre en application le Plan de Gestion Environnemental et Social (PGES) de la déchèterie dont elle a la charge au quartier Banefo. De ce fait, des risques de coulées de boues et éboulements menacent la vie des riverains situés en contre bas de la décharge.

Les voies d’assainissement d’eau urbaine utilisée comme déchèterie et moyen de débaras à Bafoussam

Bien plus, dans la capitale de la Région de l’Ouest Cameroun, cette société ne collecte pas les déchets dans toute la ville. Il en résulte que certains blocs ne reçoivent jamais le service de collecte des déchets. Ainsi, les déchets se retrouvent donc dans des drains où sont brulés en plein air. Les zones desservies par HYSACAM ne font pas l’exception des cas d’incivismes. En effet, bien que les bacs à ordures soient vides, certains individus déversent leurs déchets au sol. Il est aussi noté que les bacs à ordures sont hauts pour les enfants, acteurs chargé de l’évacuation des déchets dans les ménages. Du fait de leurs petite ils déversent leurs ordures par terre Nonobstant toutes ces difficultés, la collecte des déchets n’est pas assidue par les responsables de la collecte.

Pistes de solutions…

Il est souhaitable que les différentes unités administratives décentralisées travaillent en symbiose en vue d’une issue salutaire. Il s’impose ici des mesures d’éducation, d’accompagnement et d’incitation de la population à l’hygiène publique et l’assainissement. Aussi, les municipalités doivent suivre la mise en œuvre des PGES des structures opérant sur leurs territoires.

Les entreprises en charge de la collecte et traitement des déchets dans nos villes, peine à atteindre leurs objectifs. Il est judicieux que des systèmes de collecte des ordures annexe soient mis en place. Il revient aux administrateurs des Collectivités Territoriales Décentralisé (Délégués du Gouvernement, Maires et leurs collaborateurs) de prendre les décisions idoines.

Les principaux acteurs de la gestion des déchets doivent être mis à contribution. Les usagers des routes (passants) et ménages sont les principaux acteurs de la gestion des déchets. Ils doivent être incités à jeter leurs productions dans des conteneurs à déchets appropriés.

Les ménages doivent être incités à faire évacuer leurs déchets par des personnes capables de les déverser dans les conteneurs à déchets. Les mesures incitatives doivent être mise en œuvre par les comités de développement quartier, qui avec l’appui des autorités administratives, mettront sur pied une brigade qui incitera les contrevenants à la probité environnementale. La collaboration des autorités administratives (Sous-préfets) est indispensable pour la mobilisation des forces de maintien de l’ordre et leurs implications dans le processus de salubrité de l’habitat.

Les acteurs de la société civile doivent être mis à contribution pour sensibiliser la population. Il s’agira principalement des associations diverses et groupes de tontines. Les municipalités doivent mettre en quantité suffisante et dans des lieux appropriés des bacs à ordures nécessaires à la collecte des déchets.

Riverain entrain de jeter ses déchets au sol près d’un bac d’HYSACAM

La valorisation des ordures doit être accentuée. Les opérations de recyclage présentent des atouts majeurs pour nos collectivités. En effet, les déchets récupérés peuvent être d’un apport économique non négligeable à nos communes. Le compostage des déchets organiques permet la production d’engrais organique. Par méthanisation ces déchets produiront du Biogaz. Les matières polymérisées (plastiques et caoutchouc) issues du recyclage servent à la production d’objets utilisables au quotidien.

Cas de la Commune de Dschang

La commune de Dschang dans le Département de la Menoua avec notamment sa ville, est un exemple à vulgariser. En 2015, la commune de Dschang collectait les déchets des ménages contre une rémunération acceptable. Les ménages étaient invités à payer une somme mensuelle de 500 francs CFA pour un ramassage systématique à domicile  deux à trois fois par semaine. Cette initiative fut appréciée par une large population qui se voyait exempté du transport des déchets sur de longue distance moyennant un cout financier acceptable. Cette opération permettait un gain en temps et en énergie pour les ménages, dont les enfants ne se serviraient plus du prétexte d’aller jeter les ordures pour s’offrir une ballade inopinée.  

La Commune de Dschang après collecte procède à un traitement des déchets. Il en résulte de ce processus qu’elle tire un bénéfice à plusieurs maillons de la chaine de recyclage. Bien plus ces opérations lui permettent de créer des emplois. Ce processus lui permet de résoudre tant des problèmes environnementaux que sociaux et économique. Bien que la qualité du service ne soit pas encore parfaite, les efforts de la Commune de Dschang sont louables.

Les déchets industriels

Un grand effort est fait pour la gestion des déchets industriels dans les collectivités de l’Ouest Cameroun. Une bonne partie de ces déchets est récupérées par des structures possédant un permis environnemental qui les collectent et utilisent des manifestes de traçabilité des déchets pour les transporter hors de la Région de l’Ouest. Cependant, pour certains des déchets liquides et gazeux, la gestion reste problématique. En effet, hormis la Société Anonyme des Brasseries du Cameroun qui s’est doté d’une station d’épuration d’eaux usées, la plupart des industries notamment les savonneries et les huileries déversent leurs effluents dans la nature sans aucun traitement. Cette situation perdure sur plusieurs dizaines d’années. Les plaintes des populations impactés et les nombreux procès-verbaux de constatation d’infraction à eux servis ne semblent servir à rien.

Ces déversements chimiques et hautement toxiques ont des impacts considérables. Les écosystèmes fluviaux sont les premières impactées. La pollution fluviatile, à forte concentration, ou à faible concentration lorsqu’elle est répété et continu devient diffuse et a un impact considérable à plusieurs kilomètres de son point de pollution. Sur plusieurs mètres à partir des points de pollution on observe une teinte de l’eau et la pollution de l’écologie fluviale. Il en résulte l’eutrophisation des cours d’eau qui conduit à la perte de la biomasse animale au profit de celle végétale.

Les cours d’eau pollués sont vecteurs de maladie hydrique et potentiellement cancérigène. En effet, dans les milieux ruraux et bidons villes, 95 % de la population utilise l’eau des cours d’eau pour les besoins ménagers (bains, vaisselles, lessives et souvent boisson). Dans la ville de Bafoussam des maladies de la peau pouvant résulter de cette pollution ont été observées chez certains riverains à ces structures.

Sur le plan pédologique la pollution chimique des eaux altèrent les rebords des cours d’eau et drains et ont pour conséquences d’occasionner des mouvements de terrains (éboulements, glissements de terrain, les coulée boueuse, les effondrements et affaissements des sols). Ces accidents créent des zones à risques dont la multiplication est des plus inquiétantes. Aussi, les eaux souterraines ne sont pas exemptes des pollutions industrielles et de ce fait représente un danger pour les populations qui se ravitaillent en eau de boisson aux sources environnantes.

Les déchets hospitaliers

Ce sont des déchets très dangereux dont la manipulation ne doit pas être prise à la légère. Très peu de structures sanitaires disposent d’un incinérateur approprié pour la destruction de ces déchets. Leurs manipulations se font par des mains non expertes avec risque de contamination du personnel. On note le non port des équipements de protection individuels adéquats. Les patients, personnels de santé et les populations environnantes inhalent les fumées dangereuses et particules produites par l’incinération de ces déchets, faite à ciel ouvert.

Les établissements hospitaliers doivent davantage améliorer le matériel et la méthodologie d’incinération. Il est recommandé qu’ils se fassent assister par des structures agrées pour gérer ces types de déchets. Bien plus ils doivent sensibiliser leurs personnels en charge de ces déchets sur les risques liés à la manipulation de ceux-ci.

Par Sonkoue Jean Fanny et Nkue N. Daniel

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